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La ficelle s'en mêle
 
La maison du docteur Dugoujon

Arrestation de Jean Moulin



La maison du docteur Dugoujon a été le théâtre d’un des faits les plus marquants de la Résistance : l’arrestation de Jean Moulin et de sept principaux responsables de l’Armée secrète le 21 juin 1943.
Rachetée en 2007 par le département du Rhône, elle a été réhabilitée pour devenir le Mémorial Jean Moulin. L’inauguration est prévue le 21 juin, place Gouailhardon.



Le 9 juin 1943 à Paris, le général Delestraint (« Vidal »), chef de l’Armée secrète, a été arrêté alors qu’il avait rendez-vous avec René Hardy (« Didot »). Durant toute sa détention, Delestraint ne cessera d’accuser Hardy de trahison. Il a été démontré qu’Hardy n’était pour rien dans son arrestation.
Le délégué du général de Gaulle pour la France, Jean Moulin (« Max »), l’apprend vraisemblablement le 14 juin et décide de réunir rapidement, à Lyon, les principaux membres de l’Etat–Major de l’Armée secrète. Il aurait envisagé de désigner deux chefs de l’Armée Secrète : Raymond Aubrac pour la zone Nord et André Lassagne pour la zone Sud. Le général Delestraint devait être remplacé par le colonel Schwartzfeld.
Jean Moulin charge André Lassagne de trouver un lieu pour cette réunion. Après une rencontre entre Lassagne, Aubrac et Henri Aubry (chef d’Etat-Major) le 19 juin à Lyon, il est décidé que la réunion se déroulera le 21 juin à 14 heures* dans la maison du Docteur Dugoujon à Caluire. Sept personnes sont prévues : Aubrac, Lassagne, Aubry, Schwartzfeld, Lacaze, Larat et Moulin.

Frédéric Dugoujon, sympathisant de la Résistance, est un ami d’enfance de Lassagne.


Frédéric Dugoujon, sympathisant de la Résistance, est un ami d’enfance de Lassagne. Le lieu est idéal : proche de Lyon tout en étant dans une banlieue moins surveillée ; à proximité d’un arrêt de Tramway ; suffisamment de patients entre 14 et 16 heures pour que quelques personnes de plus n’attirent pas l’attention.
Le matin du 21 juin, le docteur informe son employé de maison, Marguerite Brossier, que Monsieur Lassagne viendra en début d’après midi accompagné d’autres personnes et qu’elle devra les conduire à l’étage, dans sa chambre.
Le premier arrivé est André Lassagne. Il salue son ami Dugoujon, qui le trouve inquiet, et repart en direction du Tram pour aller à la rencontre de Aubry. Aubry l’attend avec René Hardy qu’il a amené avec lui,  enfreignant une règle primordiale de sécurité : interdiction de décider de la participation d’une personne non invitée directement par l’organisateur. Il y aura donc huit personnes présentes à la réunion.
Le colonel Lacaze arrive peu après, suivi de Larat, puis de Lassagne, Aubry et Hardy.
Tous sont menés par la domestique dans la chambre située au premier étage.
Jean Moulin, quant à lui, a donné rendez-vous à Aubrac un peu plus tôt place Carnot. Ils voyagent ensemble jusqu’à la place Croix-Paquet où ils prennent la Ficelle jusqu’au plateau. Ils doivent alors retrouver le colonel Schwartzfeld, qui arrive en retard. Une fois réunis, ils montent dans le Tram n°33 qui les mène place Castellane (actuelle place Gouailhardou). Ils sonnent à la porte de la maison de Dugoujon. Marguerite les accueille, mais les amène dans la salle d’attente du rez-de-chaussée, plutôt que dans la chambre.

Vers 15 heures, Klaus Barbie et ses hommes débarquent place Castellane et investissent la maison du docteur Dugoujon.


Vers 15 heures, Klaus Barbie et ses hommes débarquent place Castellane et investissent la maison du docteur Dugoujon. Les policiers mettent la main sur les invités du premier étage et commencent à les interroger. Les Allemands ne se préoccupent pas des personnes du rez-de-chaussée. Klaus Barbie pensent n’avoir à faire qu’à de simples patients. Il décide tout de même de transférer tout le monde au siège de la Gestapo, dans l’Ecole de santé militaire de l’avenue Berthelot. L’arrestation aura duré environ une heure.
Les prisonniers sont tous menottés, à l’exception de Hardy qui n’est maintenu qu’avec un cabriolet (cordelette attachée au poignet). Avant de monter dans une des deux tractions garées sur la place, Hardy parvient à se libérer et plonge dans un fossé de la montée Castellane pour éviter les tirs des policiers allemands. Il s’échappe.
Barbie se rend vite compte qu’il a attrapé Jean Moulin, mais il ne sait pas de quel prisonnier il s’agit. Il torture chacun d’eux jusqu’à obtenir une réponse. C’est finalement Aubry qui parle, deux jours après l’arrestation.
Jean Moulin est alors questionné et torturé. Il ne parle pas. Il est transféré à la Gestapo de Paris et de nouveau torturé. Il est envoyé à Berlin, il décède dans le train entre Metz et Francfort le 8 juillet 1943, des suites de ses blessures.

Beaucoup de mystères demeurent depuis ce 21 juin 1943. On ne sait toujours pas comment les Allemands ont pu connaître l’existence de cette réunion. René Hardy a très vite été accusé d’être le traître de cette histoire, et après deux acquittements, il est encore considéré comme tel par quelques historiens.
On ne sait pas pourquoi Jean Moulin et ses deux compagnons ont été dirigés vers la salle d’attente plutôt que dans la chambre du 1er étage. Est ce une simple erreur de la domestique, qui, d’après Lucie Aubrac, connaissait pourtant bien le visage de Raymond Aubrac ?

 





© La ficelle

Statue de Jean Moulin


 


                                                     © La ficelle

La maison du docteur dugoujon




                                                        © La ficelle
Le fossé d'où s'est échappé Hardy
On ne sait pas pourquoi Barbie est arrivé vers 15 heures alors que la réunion aurait pu être déjà finie. A-t-il su qu’elle avait été retardée ? Comment ?
On ne saura surement jamais exactement comment s’est déroulée cette journée dramatique, mais on pourra désormais visiter l’intérieur de la maison.
Le conseil Général, propriétaire de la bâtisse depuis 2007, a entrepris des travaux de réhabilitation afin de rendre l’endroit identique à ce qu’il a été en 1943 : sols, papiers peints, volume, etc.
Le rez-de-chaussée et le premier étage seront aménagés simplement et les visiteurs pourront découvrir des portraits, des photographies d’époque et des témoignages audio. Le sous-sol servira de salle multimédia.
L’inauguration de ce mémorial est prévue pour le 21 juin.

* L’heure est source de discorde pour les historiens. On hésite entre 14h00 et 14h30.