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| La ficelle se bambane La Tour Pitrat
Voir la mer du haut de la colline
Le Mont-Sauvage (au niveau de l’ancien hôpital Saint-François d’Assise) aurait du se parer d’une tour d’une centaine de mètres dans le courant du XIXe siècle. L’édifice s’est effondré durant sa construction. Son propriétaire voulait voir la mer de sa fenêtre…
Horace Pitrat était un riche entrepreneur marseillais, exilé à Lyon. En 1827, il décide de construire une tour sur son terrain de la Croix-Rousse. Une tour d’une centaine de mètres pour réussir à voir la mer… Ce Marseillais voulait réussir à voir sa ville natale de sa fenêtre. Dans son récit de voyage dans le sud de la France, Adolphe Blanqui, professeur parisien, raconte sa visite à Lyon. Il se trouvait à la Croix-Rousse pendant les travaux de la tour. Elle en était selon lui aux deux tiers de sa hauteur. « Les ouvriers s’occupaient de recrépir l’intérieur de la partie achevée dans laquelle le public était admis moyennant une légère rétribution. Chemin faisant pour arriver sur la plate-forme extérieure, nous aperçûmes autour du noyau qui servait d’appui à l’escalier, une crevasse récente de cinq à six pieds de longueur et comme nous paraissions préoccupés de cet incident, « Montez, messieurs, nous dit l’un des maçons en souriant, montez, la tour de M. Pitrat durera plus que vous. » Du haut de la plate-forme, le coup d’œil était vraiment ravissant. A nos pieds, la ville se déployait comme un vaste panorama, le Mont Blanc bornait d’un côté l’horizon qui était terminé, de l’autre par les montagnes du Forez, le confluent de la Saône et du Rhône embrassait dans un angle fort aigu la longue presqu’île de Perrache avec ses allées de peupliers ».Pitrat
souhaitait créer un observatoire pour les Lyonnais avec une collection
d’instruments astronomiques. La pièce devait être revêtue de cuivre pour
« préserver les amateurs de l’humidité ». L’étage inférieur devait
servir de musée de curiosités. Le tarif d’entrée devait être de 3 francs
la première année et de 50 centimes les années suivantes.
« (…) en descendant du sommet de la tour, nous remarquions par
intervalles d’énormes solives à l’extrémité desquelles on avait fixé des
clefs de fer, et les clefs nous semblaient éprouver une vive pression.
Tout à coup, à peine étions-nous parvenus au pied de la colline, un
bruit terrible se fait entendre, un nuage de poussière s’élève dans les
airs : la tour Pitrat venait de s’écrouler, écrasant dans sa chute la
moitié d’une maison voisine… Heureusement, les ouvriers effrayés du
craquement des clés de fer arrachées de leurs solives par la force
centrifuge, s’étaient hâtés de prendre la fuite et de mettre leur vie en
sûreté. Huit minutes après leur départ, la tour n’existait plus. Sur
tous les points de la ville d’où on l’apercevait habituellement, la
surprise fut bientôt générale. « Où est la tour Pitrat ? », disaient les
uns « mais qu’est donc devenue la tour de M. Pitrat ? », criaient les
autres en se frottant les yeux, « nous ne la voyons plus ». »
C’est le 27 août 1828. Une fillette est morte dans l’accident, alors
qu’elle jouait sur le Mont Sauvage. Une chanson populaire est restée
célèbre après ce jour : « Babolat, sais-tu la nouvelle ? La tour Pitrat
vient d’abouser ». | |

 seconde tour Pitrat
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| Mais l’entrepreneur ne s’avoue pas vaincu et décide de reconstruire sa
tour. Avec cependant quelques mètres de moins… Celle-ci, haute d’une
trentaine de mètres, ne voit pas la mer mais domine quand même « une
étendue de pays de plus de 25 lieues ». Avec les matériaux inutilisés,
il décide de faire un restaurant sur le côté de la tour.
La tour Pitrat est alors rachetée par un certain Fournier, qui décide
d’en faire « un établissement culinaire de premier ordre… une salle de
bal ou de concert… une rotonde et un divan-belvédère. (…) A côté s’élève
une splendide maison de santé, la villa Sanita, où se trouvent 50
chambres de pensionnaires, des salons confortables, une bibliothèque,
une salle de billard, une chapelle, un jardin d’hiver chauffé par un
immense calorifère, une glacière et un petit parc dessiné à l’anglaise.
»* L’endroit s’appelle les Délices de Beauregard. On raconte que l’on
pouvait se retirer dans les chambres « avec sa cousine». On dit que la
maison était close bien avant sa fermeture…
Ironie du sort, le lieu devient par la suite un pensionnat pour jeunes
filles tenu par les religieuses de Saint-François d’Assise.
L’établissement est par la suite devenu l’hôpital de Saint-François
d’Assise et est actuellement une maison de retraite. Les religieuses y
sont toujours installées.
* Lyon, L’art et la ville, de Gilbert Gardes
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