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Lionel Fourcade et Sophie Martinez



Commerçants expulsés


Les commerçants sont sous le choc. Les habitants aussi. Depuis l’annonce de la Ville de donner la gestion de la Halle de la Martinière à un opérateur privé unique, la colère monte dans le quartier.  Les deux derniers commerçants de la Halle doivent quitter les lieux avant mars 2012.



Depuis  les fermetures de boucherie-chevaline en septembre et du primeur en décembre dernier, il ne reste plus que deux propriétaires de concessions : Lionel Fourcade, de l’Epicerie Comptoir des Gaules, et Mouloud Messad, du Jardin de la Martinière. « A chaque fois que des repreneurs potentiels se sont présentés, la Ville a refusé », confie Lionel. Même s’ils commençaient à s’inquiéter sur le devenir de la halle, les deux commerçants ne se doutaient pas de ce qui les attendait.
« C’est Nathalie Perrin-Gilbert qui est venue nous annoncer la nouvelle le 21 décembre dernier. Nous ne nous y attendions pas du tout », déclare Lionel Fourcade. Bien que les baux des commerçants soient reconductibles chaque année, le règlement des halles des Cordeliers et de la Martinière, rédigé sous Edouard Herriot et datant de 1932, stipule que la ville doit respecter un préavis d’un an pour les expulser. Les deux derniers commerçants de la Halle vont devoir quitter les lieux avant mars 2012. « Nous avons reçu un courrier de la Ville annonçant notre expulsion, fin février 2011 ».
Inaugurée en 1838, la halle se composait autrefois de deux bâtiments identiques, « sous forme de sobres rectangles largement ouverts sur l’extérieur, où quatre piliers d’angle et une série de colonnes de style dorique supportent une toiture en charpente, surmontée d’un lanterneau reposant sur de petites colonnes et permettant l’aération du bâtiment. »*
Le bâtiment méridional est incendié en 1873, reconstruit l’année suivante pour finalement être détruit en 1903 lors du percement de la rue de la Martinière (voir La ficelle n°13).
Quant au second bâtiment, il est modifié dans les années soixante. Les commerçants obtiennent de la Mairie que des murs extérieurs en béton soient construits afin de fermer la Halle. Le marché couvert prend alors l’apparence que nous lui connaissons aujourd’hui.
Il s’agit de la dernière halle de quartier. Celle de Cordeliers disparaît en 1971 et celle des Brotteaux a disparu il y a seulement quelques années… Une enseigne nationale a progressivement racheté tous les emplacements du marché couvert.
Les deux derniers propriétaires de concessions sont dépités par la nouvelle. « Nous avons appris par la presse que le bâtiment n’était pas aux normes et que la Ville considérait avoir déjà suffisamment fait l’an passé pour la Halle», souligne Lionel Fourcade. « Nous n’avons pas compris sa déclaration puisqu’on nous a toujours dit que tout était conforme au niveau du bâtiment. Ou alors on nous a menti et nous sommes en danger tous les jours ! »
La ville aurait estimé la rénovation de la Halle à 700 000 euros. Le lieu garderait sa vocation alimentaire mais serait géré par un seul gestionnaire, avec un bail emphytéotique administratif : un bail de très longue durée (jusqu’à 99 ans) qui donne au locataire un statut de quasi propriétaire, à charge pour lui d’améliorer le lieu en échange d’un loyer modique.

Dans un article de Tribune de Lyon, Nathalie Perrin-Gilbert promet une « mise en valeur de la Halle, massacrée par le passé ». Autrement dit, les rénovations devraient concerner les murs en béton construits dans les années soixante. L’objectif étant de donner à la Halle son aspect d’origine avec des ouvertures sur l’extérieur.
Mais le cahier des charges n’a pas encore été rédigé par la Ville. Depuis décembre, les deux derniers commerçants de la Halle se mobilisent pour informer les habitants du quartier, distribuent des tracts, organisent des réunions. Mais ils n’ont pas beaucoup d’espoir sur l’avenir de leur situation. « Une fois que le cahier des charges sera publié, ça sera fini », soupire Lionel. « Aujourd’hui, ma démarche est davantage liée à mon statut de résident de l’arrondissement qu’à celui de commerçant. Je sais que c’est fini pour mon commerce. » Sophie Martinez, employée à la fromagerie du Jardin de la Martinière, quant à elle, a conscience que la place centrale dont son étal jouit aujourd’hui dans le bâtiment lui permet de fonctionner correctement. « Toute seule dans un local, Je ne marcherai jamais autant qu’ici.  La ville est en train de donner des moyens à des enseignes qui en ont déjà ».


Après la dernière réunion, animée, du conseil de quartier ouest des pentes le 14 mars dernier, les habitants et commerçants ont demandé une réunion publique dans la halle avec les services municipaux concernés. « La mairie du 1er nous a fournit une réponse négative… »

Il est peut-être dommage que l’on sacrifie des commerçants locaux au profit d’une enseigne, sans étudier avec les intéressés une solution acceptable pour les finances publiques et respectant les intérêts des commerçants et des habitants du quartier. N’est-ce pas la base d’une démocratie locale ?
Lors de la dernière réunion du Conseil de quartier Ouest des pentes le 7 avril dernier, les riverains ont mandaté leurs deux représentants de réclamer à la Mairie du 1er arrondissement, ainsi qu’à la Mairie centrale de se positionner politiquement lors du prochain Conseil municipal. Ils demandent à ce que les élus expliquent pourquoi ils tiennent à céder la Halle. Les riverains ont manifesté ce soir-là leur opposition à cet appel d’offre et demandent également que les commerçants en place soient maintenus. Ils estiment aussi que l’ouverture de la Halle sur l’extérieur n’est pas une nécessité immédiate.
Une pétition circule dans la Halle.


* d’après le Dictionnaire historique de Lyon

















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